Cet article a été écrit par : Monica Mandujano and Malika Bouchard-Medawar d'Exeko; Erika Massoud de l’Institut Tamarack; et Rebecca Vachon du Bureau des affaires publiques de la communauté bahá’íe du Canada.
Pourquoi ces tables rondes sont-elles importantes ?
Qu’est-ce que l’appartenance? Comment favoriser l’appartenance au sein de notre société?
Au cours de l’automne 2025, une série de trois tables rondes ont été organisées à Tiohtià:ke/Montréal au sujet du sentiment d’appartenance. Ces tables rondes font partie d’une initiative pancanadienne menée par la communauté bahá'íe du Canada pour mobiliser des organismes communautaires, intervenants et intervenantes, citoyens et citoyennes sur la question de l’appartenance. À Montréal, la communauté bahá’íe a collaboré avec l’Institut Tamarack et Exeko pour co-organiser deux de ces trois tables rondes.
Née de l’expérience accumulée par la communauté bahá’íe au sein de ses programmes éducatifs locaux et régionaux, qui rassemblent des personnes de cultures, de générations et de milieux socio-économiques variés partout au pays, une question centrale a émergé : Alors que nous observons une polarisation croissante au Canada, comment nourrir ce sentiment d’appartenance, cet attachement profond et cette sollicitude envers les autres, au sein de notre société diversifiée ?
Les tables rondes ont mis en lumière une réflexion profonde sur les conditions nécessaires pour cultiver un sentiment d'appartenance dans la société québécoise et canadienne. Notamment, les problématiques structurelles qui fragilisent la concrétisation de l’appartenance comme réalité sociale et politique ont été soulignées lors des discussions.
Contexte politique et social sur la question de l’appartenance
Dans le contexte politique et social actuel, nous constatons une montée de la polarisation ainsi qu'une instrumentalisation politique du concept de l'appartenance. Qui définit ce que veut dire l'appartenance et qui a le droit d'appartenir à la société? Une vision de l'appartenance qui exclut certains groupes sur une base discriminatoire s'oppose directement à la conception universelle et inclusive de l’appartenance qui a émergé lors des discussions aux tables rondes. Ces discussions ont révélé comment le climat politique actuel, avec ses discours polarisants et ses politiques discriminatoires, renforce les barrières systémiques à l'appartenance, particulièrement pour les communautés marginalisées. Ce contexte rend d'autant plus pertinent la nécessité d'espaces de dialogue comme ces tables rondes pour reconstruire un sentiment d'appartenance fondé sur la reconnaissance mutuelle plutôt que sur l'exclusion.
Ces discussions qui ressortent des tables rondes sur le sentiment d'appartenance trouvent un écho dans le rapport sur l’appartenance de l'Institut Tamarack (disponible uniquement en anglais), qui confirme que les défis identifiés au Québec – fragmentation sociale, polarisation croissante et inégalités – s'inscrivent dans une réalité nationale plus large. Ce rapport souligne en particulier la façon dont les communautés travaillent courageusement pour contrer ces tendances, validant ainsi l'importance du milieu communautaire comme acteur de résilience sociale face aux défis structurels. Cette convergence entre les discussions montréalaises et la vision nationale, que porte l'Institut Tamarack et la communauté bahá’íe, souligne l’importance d'agir pour reconstruire le tissu social à toutes les échelles de notre société.
Thématiques abordées lors des tables rondes sur l’appartenance
Plusieurs thématiques ont été explorées lors de ces tables rondes sur l’appartenance, notamment : la participation universelle et comment assurer l’inclusion et l’accessibilité pour tous et toutes; le rôle des communautés locales dans le renforcement durable du sentiment d’appartenance; et l’importance de contribuer activement pour faire avancer les changements systémiques nécessaires pour construire une société inclusive.
La participation universelle est apparue comme une condition essentielle pour construire une société véritablement inclusive. Les discussions ont abordé l’importance d'accueillir la diversité en cultivant une posture d’écoute et d’ouverture. Les personnes participantes ont identifié plusieurs barrières systémiques non reconnues dans le contexte politique actuel : le racisme systémique et la suprématie blanche, les exclusions ancrées dans le colonialisme, les barrières linguistiques, et la charge mentale disproportionnée que portent les groupes marginalisés. La nécessité de créer des espaces complémentaires, notamment des espaces non-mixtes, a été soulignée comme stratégie pour favoriser une participation équitable.
Le milieu communautaire a été identifié comme un acteur central dans le renforcement du sentiment d'appartenance, grâce à son modèle propre au Québec fondé sur l’action communautaire autonome et l'ancrage local. Cependant, ce secteur traverse actuellement une crise majeure caractérisée par un sous-financement chronique et la pression d'une logique de compétition pour les fonds publics et privés. Les personnes participantes ont souligné la nécessité de re-valoriser l’apport du secteur et le savoir expérientiel qui émerge du terrain comme une ressource essentielle. La nécessité de rompre le travail en silos, de partager les savoirs et de favoriser la collaboration horizontale ont aussi été soulignées comme pistes d’actions. Afin d’assurer la durabilité du sentiment d'appartenance, plusieurs ont aussi noté l’importance de distinguer l'accompagnement de l'aide pour favoriser l'autonomisation des personnes et des communautés, au-delà de la simple offre de services.
Lors des trois tables rondes, les personnes participantes ont appelé à des changements structurels pour aborder les enjeux systémiques, tout en reconnaissant que la culture de la solidarité et de l'accompagnement doit être cultivée à tous les niveaux de la société. Les pistes d'action proposées incluent la revalorisation du savoir expérientiel et du temps communautaire, la promotion de financements stables pour les organismes, le développement d'une variété d’approches (dont artistiques et sensorielles) pour favoriser la participation, et l'intégration de la technologie comme outil d'inclusion plutôt que de division. La réflexion a finalement souligné l'importance de cultiver le sentiment d'appartenance non seulement envers des groupes d'affiliation, mais à une humanité commune, reconnaissant la valeur intrinsèque de chaque être humain et notre responsabilité partagée envers l'ensemble de la société.
Collaborations émergentes et retombées
Ces tables rondes montréalaises ont permis de créer de nouvelles rencontres et collaborations entre différents acteurs de la société civile. Pour la deuxième table ronde, organisée en octobre 2025, l’Institut Tamarack a collaboré avec la communauté bahá’íe en invitant de nouveaux organismes, dont Exeko, à se joindre à la discussion. Exeko a ensuite proposé d’accueillir la prochaine rencontre en décembre dans ses bureaux, et en collaboration avec Tamarack et la communauté bahá’íe, a co-organisé et animé cette troisième table ronde.
Ces trois rencontres ont permis de nouvelles connexions entre les personnes participantes, permettant aussi aux organisations d’échanger et de partager leurs pratiques et de s’inspirer mutuellement. Parmi les organismes présents, on comptait entre autres des personnes représentantes d’Action Réfugiés Montréal, du Réseau pour la paix et l’harmonie sociale, du Regroupement des écoles de la rue autonomes du Québec, de l’Office de consultation publique de Montréal, du Centre de littératie religieuse civique et de la Fondation du Grand Montréal. Ces échanges ouvrent la voie à de nouvelles initiatives collaboratives et à des projets conjoints visant à renforcer le sentiment d’appartenance dans la ville et au-delà.
Pistes de discussion et recommandations pour la suite
Inspiré des réflexions émergentes des tables rondes et ancré dans leur engagement auprès des communautés, l’Institut Tamarack, la communauté bahá’íe et Exeko réitèrent la nécessité de travailler au niveau systémique pour renforcer les structures locales et l’infrastructure sociale face à la polarisation. En travaillant sur les conditions qui permettent au sentiment d’appartenance de se développer, nous pouvons favoriser une société qui a au cœur la participation universelle. Travailler sur la question de l'appartenance comme stratégie nationale nous permettra également de cibler cette fragmentation au niveau des politiques publiques et construire des ponts entre les communautés pour renforcer le tissu social.
Vous souhaitez mener ces conversations dans votre milieu ou communauté? Inspirez-vous des questions de discussion, développées par la communauté bahá’íe, pour mener ces conversations sur l’appartenance à votre échelle et passez à l’action avec les pistes proposées par l’Institut Tamarack et Exeko.
Questions de discussion :
Sur le pouvoir de contribuer
Sur la participation universelle
Sur la durabilité de l’appartenance
Sur les considérations politiques
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Pistes d’actions :
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Lisez le rapport sur la stratégie pour l’appartenance de l’Institut Tamarack (en anglais uniquement)
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Témoignez de votre engagement pour une stratégie pour bâtir l'appartenance dans les communautés en signant cette pétition

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Consultez l’article sur le projet biblio-libre d’Exeko
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Consultez l’article sur le projet Espace partagée d’Exeko
Vous souhaitez vous joindre à cette conversation sur l’appartenance et/ou nous tenir au courant de vos initiatives à ce sujet? Contactez le Bureau des affaires publiques de la communauté bahá’íe à l'adresse publicaffairs@bahai.ca ou l’Institut Tamarack à l'adresse tamarack@tamarackcommunity.ca