Un atout méconnu : le pouvoir du leadership émergent des jeunes en matière d’innovation communautaire

Youth leadership in Community Innovation

Cette étude de cas explore les contributions uniques et considérables de jeunes leaders en devenir dans le cadre du programme Voies d’accès à l’emploi pour les jeunes (VEJ). En faisant de l’expérience vécue un élément clé de l’expertise, les jeunes leaders contribuent à faire progresser le dialogue au sein des tables de concertation et changent ainsi les rapports de force du leadership collectif. Ces jeunes contribuent non seulement à mettre en lumière les expériences des jeunes sur le marché du travail canadien, mais aussi à redéfinir le débat sur la meilleure façon de collaborer, au-delà des différences d’âge, de profil démographique et de fonctions, afin d’assurer que les jeunes au Canada sont au cœur des initiatives et des discussions qui les concernent directement.

L’un des aspects les plus importants, les plus complexes et, au final, les plus décisifs des initiatives d’impact collectif se manifeste lors des premières phases d’un projet collaboratif. Outre la réflexion stratégique nécessaire à l’élaboration d’un programme commun applicable (la manière dont nous envisageons et planifions l’avenir ensemble) et l’intégration et la coordination nécessaires pour cartographier les écosystèmes communautaires (la manière dont nous articulons les efforts collectifs), la mise en place d’une table de concertation constitue sans doute l’une des premières étapes les plus essentielles lors de la mise en place des collaborations à l’échelle de la communauté. Les collaborations intersectorielles peuvent avoir une influence positive considérable sur le déploiement des projets d’innovation communautaire à condition de placer au cœur de leurs préoccupations les voix des membres de la communauté, d’harmoniser les efforts des gouvernements, des organisations à but non lucratif et du secteur privé, d’orienter l’émergence d’une stratégie collective, de veiller à une évaluation bien coordonnée et de commencer avec une table de concertation fonctionnelle et une initiation soignée des processus, de la gouvernance et de l’inclusion.

Dans le cadre de la communauté d’architectes du changement du programme VEJ, cet ensemble de possibilités et de défis liés aux tables de concertation est aussi influencé par la création de tables de concertation qui dépendent des nouvelles pratiques des jeunes en matière de leadership, de leurs voix et des liens entre ces jeunes et les responsables communautaires déjà en place. Ce bref article examine comment les communautés du programme VEJ explorent certains des moyens par lesquels leurs tables de concertation ont permis à de jeunes leaders de s’adapter à de nouveaux contextes de changement systémique. Ces communautés ont aussi permis aux jeunes leaders de codiriger des initiatives d’impact collectif qui contribueront à redéfinir l’innovation locale et à soutenir les initiatives communautaires émergentes, tout en respectant les principes de l’écoute, de l’inclusion et de l’intergénérationnel. 

 

Donner aux jeunes les moyens d’exercer leur influence au sein des tables de concertation

Pour les jeunes leaders, le facteur le plus évident, et peut-être aussi le plus complexe, consiste à faire face aux inégalités de pouvoir qui apparaissent lors de la formation d’une nouvelle table de concertation aux côtés des responsables communautaires déjà en place (Evans, 2007). Pour les responsables communautaires, les directions d’entreprise et les instances gouvernementales déjà en place qui ont l’habitude de la collaboration intersectorielle, la pratique du leadership collectif est souvent une compétence supposée. Les responsables qui ont plusieurs années d’expérience peuvent oublier les types d’obstacles rencontrés au début de leur parcours. Dans le cadre du programme VEJ, les jeunes leaders ont misé sur plusieurs compétences interpersonnelles et spécialisées pour mettre en place une large base de pratiques collaboratives. L’un des commentaires les plus touchants des communautés a porté sur la nécessité de construire des liens plus solides entre les jeunes et les responsables communautaires déjà en place. Plusieurs leaders du programme VEJ ont mentionné le potentiel de combler l’écart en se concentrant sur l’expérience vécue des jeunes qui rencontrent des obstacles à l’emploi.

L’expérience vécue occupe une place de plus en plus centrale dans les projets de développement communautaire, et ce, pour de très bonnes raisons. L’expertise liée à l’expérience vécue ancre la théorie et les concepts dans le monde réel. Elle adopte des idées générales et transposables sur le leadership et la collaboration et les confronte aux défis du monde réel. Lorsque les leaders du programme VEJ placent leur propre expérience vécue au cœur de la formation des tables de concertation, cela rehausse la capacité de ces tables à répondre aux réalités actuelles et concrètes auxquelles font face les jeunes. Cela participe aussi à renforcer les compétences des responsables déjà en place dans le contexte de l’emploi des jeunes. Cela contribue à réduire les déséquilibres de pouvoir en se concentrant sur le rôle clé de l’expérience vécue pour relever les enjeux des communautés. En révélant les déséquilibres de pouvoir existants, il est possible d’identifier des secteurs où de nouvelles disparités de pouvoir font surface et de renforcer la capacité des tables à prendre en compte les voix des jeunes comme un accélérateur essentiel pour aborder les enjeux communautaires de manière globale. Les responsables déjà en place voient leur propre pratique progresser et évoluer en s’inspirant des voix nouvelles et émergentes des jeunes leaders, tandis que ces mêmes jeunes leaders peuvent apprendre de ces responsables qui ont la volonté de faire progresser et évoluer leur pratique.

 

Voix des jeunes : les atouts intergénérationnels dans la mise en récit 

L’analyse actuelle autour de l’emploi des jeunes présente cet enjeu comme étant exacerbé par des difficultés plus vastes auxquelles font face les jeunes (insécurité en matière de logement, etc.) (Ralph et Arora, 2022). Ce contexte se retrouve également dans le paysage des médias sociaux, où les méthodes de mise en récit instantanées, universelles et démocratisées sont courantes, mais pas nécessairement stratégiques. Cela met en lumière une autre réalité pressante que les jeunes leaders du programme VEJ rencontrent souvent lors de la formation d’une table de concertation. Les jeunes leaders du programme VEJ œuvrent pour adopter et renforcer un ensemble de compétences indispensables pour mener à bien des projets d’innovation communautaire. Alors que leur table de concertation se forme, ces jeunes satisfont le besoin d’absorber rapidement des compétences et de les adapter, comme la cartographie des écosystèmes, la réflexion stratégique et la planification (par exemple, plan sur une page), la mise en place et la gestion de partenariats stratégiques et, dans le cas présent, l’engagement communautaire et la mise en récit qui peuvent recueillir et communiquer les réalités de l’élaboration de projets d’innovation dans le domaine de l’emploi des jeunes.

À partir de leur expérience vécue et de leur expertise, les jeunes leaders du programme VEJ mettent en place de nouveaux modes de communication et de partage qui leur viennent souvent naturellement. Les leaders du programme VEJ de tout le Canada collaborent activement avec leurs pairs pour tirer parti des nouvelles compétences en matière de médias d’une génération numérique. Cela favorise un engagement communautaire intergénérationnel qui peut mieux s’adapter aux changements constants dans la communication stratégique dans un contexte de médias sociaux (qui est en relation avec qui maintenant, quoi partager au bon moment, sur quelle plateforme, etc.). En s’appuyant sur leur expérience collective numérique, qui est un élément clé des connaissances, les jeunes cocréent un dialogue où leurs réalités actuelles sont juxtaposées à une analyse plus technique de l’emploi des jeunes. Ces échanges sont partagés de manière moderne grâce aux médias sociaux. Surtout, cela contribue à faire entendre d’autres jeunes, car cela met en avant leurs moyens préférés de communication et de mise en récit, et met l’accent sur de nouvelles façons de donner du sens qui pourrait échapper aux pratiques plus établies des responsables autour de la table.

 

 

Exemple : YellowKnife

À Yellowknife, l’un des défis, apparemment mineur, mais déterminant, qui a fait surface concernait la nature diversifiée des échanges au sein de la table de concertation. Si les responsables moins jeunes et déjà en place n’avaient aucun mal à communiquer par courriel, ces messages très denses pouvaient toutefois entraîner des problèmes de communication pour les jeunes leaders autour de la table. Sachant à quel point une communication continue et efficace est essentielle au bon fonctionnement d’une équipe de direction, aborder cette question a constitué une étape cruciale pour engager un dialogue intergénérationnel. En adaptant les communications des tables de concertation pour privilégier des formats plus concis et condensés (par exemple sur Instagram), le jeune leader à Yellowknife a su plaire à l’ensemble des personnes présentes et fournir des communications brèves et concises aux responsables, tout en veillant à ce que les voix des jeunes soient au cœur des discussions. Cela a eu pour effet secondaire de renforcer la confiance de chaque leader, permettant ainsi de nouer des liens et d’établir des relations plus étroites.

 

Placer les jeunes au cœur des tables de concertation

Comme le rappellent Samari et Schmitz, « Une culture d’impact collectif efficace permet à chaque personne de ressentir qu’elle est à sa place, qu’elle exerce une influence et que sa contribution est essentielle au résultat final » (Samari et Schmitz, s. d.). L’équité et l’inclusion sont essentielles pour s’assurer qu’une initiative prend en compte les besoins de tout le monde. Dans les contextes du développement communautaire, les voix des jeunes sont centrales pour garantir une telle approche inclusive et diverse. Malheureusement, dans les cadres de changement systémique traditionnels, leurs voix sont souvent reléguées au second plan (Bloomer et al., 2023). Les jeunes leaders œuvrent pour placer les perspectives de l’ensemble des groupes de jeunes au cœur du programme VEJ, en veillant à ce que les voix des jeunes traditionnellement exclues, qui représentent les personnes racisées, autochtones et queers soient vues, entendues, et qu’elles participent au partage du pouvoir, au leadership et aux possibilités de perfectionnement. Cela met en évidence le pouvoir des tables de concertation intergénérationnelles en matière d’innovation communautaire plus globalement. Ici, cela montre les efforts des jeunes leaders pour créer un programme VEJ qui place l’équité et l’inclusion au cœur de l’initiative, et non au second plan. Selon Samari et Schmitz, un leadership fonctionnel en matière d’impact collectif crée « des processus qui insufflent confiance, inclusion, apprentissage, célébration, et même guérison au sein du collectif », ce qui permet de favoriser véritablement l’innovation inclusive, centrée sur l’écoute et l’équité..

 

 

Exemple : Grand Prairie, Alberta

Pour bon nombre de jeunes leaders en devenir, considérer les jeunes comme un groupe en quête d’équité est une position forte à adopter. Cela peut leur permettre de tisser des liens de solidarité plus profonds autour de ce travail et d’élargir les actions menées en collaboration avec d’autres groupes de population.

Les jeunes de Grande Prairie, en Alberta, qui participent au programme VEJ ont remarqué que les règles actuelles de la ville concernant l’utilisation des médias sociaux ont contribué à cette forme d’exclusion. Ces règles écartent non seulement les récits de changement racontés par les jeunes du débat, mais illustrent également plus largement l’exclusion de la voix des jeunes et des médias qui leur sont chers. Ces récits, souvent matérialisés sur plusieurs plateformes de médias sociaux existantes, sont soumis à un ensemble de règles, qui, bien que soigneusement élaborées, peuvent néanmoins exclure les voix des jeunes. En demandant à la ville des changements concernant les règles d’engagement sur les médias pour mieux tenir compte des médias sociaux, les jeunes leaders privilégient les divers moyens par lesquels les groupes peuvent chercher à raconter leurs propres récits et demandent aux responsables déjà en place d’envisager comment les règles que nous prenons peuvent avoir une influence négative inattendue sur d’autres membres de nos communautés.

 

Conclusion

Des tables de concertation diverses, adaptables et inclusives sont au cœur d’une action collective stratégique et intégrée. Cependant, les fonctions et la pratique d’un leadership traditionnel et établi peuvent avoir de la difficulté à s’adapter et à refléter les contextes contemporains et actuels du développement communautaire. Les jeunes leaders du programme VEJ ont permis de contribuer à des modes de réflexion intergénérationnels, à une pratique du leadership inclusive et à refaçonner les rapports de force pour mieux refléter l’expérience vécue des jeunes à la recherche d’un emploi. Cette approche permet de bâtir un impact collectif plus fort et plus agile, tout en favorisant une innovation communautaire capable de refléter et d’incarner des transformations systémiques intergénérationnelles vastes, inclusives et équitables.

 

Government_of_Canada

Ce projet est financé par Stratégie emploi et compétences jeunesse du gouvernement du Canada.