Le travail caché de l’innovation communautaire : la préparation du terrain

 l’innovation communautaire : la préparation du terrain

Cette étude de cas explore les conditions nécessaires à la préparation du terrain pour favoriser l’innovation communautaire. À partir des réflexions des six communautés participantes à l’initiative Voies d’accès à l’emploi pour les jeunes (VEJ) de l’Institut Tamarack, elle examine comment l’innovation commence souvent non pas par des solutions à grande échelle, mais par le renforcement des conditions sous-jacentes qui rendent les changements possibles.

Cette étude de cas met en évidence, à partir des projets de la première année, le travail souvent invisible de l’innovation communautaire : tisser des liens, développer une compréhension commune et établir la confiance et l’assurance nécessaires pour que les communautés puissent expérimenter, apprendre et progresser vers des changements systémiques plus profonds.

 

La préparation du terrain pour favoriser l’innovation communautaire

Préparation relationnelle

  • Quels sont les liens existants?

  • Où y a-t-il un climat de confiance existant ou en cours d’établissement?

  • Qui se sent responsable de l’initiative?

Préparation cognitive

  • Est-ce que les partenaires ont un langage commun concernant l’innovation?

  • Est-ce que les partenaires présentent le problème de la même manière?

  • Des suppositions font-elles surface et sont-elles examinées?

Préparation émotionnelle

  • La sécurité psychologique est-elle suffisante pour mettre à l’essai de nouvelles approches?

  • Est-ce que les partenaires peuvent tolérer l’incertitude?

  • Est-il possible de parler ouvertement de l’apprentissage (y compris de ce qui ne fonctionne pas)?

L’innovation communautaire ne commence pas par une page blanche. Elle émane d’un contexte donné. Elle émane de communautés réelles avec des relations, des systèmes de services, des antécédents et des capacités existantes. Elle part de ce qui est déjà présent et renforce, relie et, progressivement, transforme par la pratique.

En observant les six communautés participantes à l’initiative VEJ, un schéma clair commence à émerger. De nombreux projets élaborés lors de la première année étaient de nature relationnelle. Ils privilégiaient le renforcement des systèmes de soutien pour les jeunes, l’amélioration de la coordination entre les partenaires et la consolidation des capacités locales. Ce n’est pas un hasard. Cette observation montre comment l’innovation évolue habituellement au sein de systèmes communautaires complexes.

La première année n’accorde pas la priorité à la transformation à grande échelle. À la place, elle contribue à renforcer les conditions qui soutiennent l’innovation continue. Dans les communautés, trois formes de préparation sous-jacentes sont devenues de plus en plus visibles : la préparation relationnelle, la préparation cognitive et la préparation émotionnelle.
Ces éléments ne sont pas toujours pris en compte dans les résultats officiels. Et pourtant, ils façonnent comment les communautés peuvent réellement aller des idées à l’expérimentation et à l’adaptation.

Ainsi, la première année de l’initiative VEJ peut être perçue comme une période visant à renforcer la préparation, c’est-à-dire les conditions relationnelles, cognitives et émotionnelles qui permettent aux communautés d’apprendre à avancer, ensemble.

 

Comment l’innovation communautaire prend forme

Dans des systèmes complexes, comme l’emploi des jeunes, les résultats sont influencés par de nombreux facteurs interdépendants, notamment le transport, la stabilité du logement, la préparation des entreprises, les soutiens en matière de santé mentale, l’accès à Internet, la reconnaissance des diplômes, la discrimination et le sentiment d’appartenance. L’interaction de ces facteurs convergents implique que les avancées dépendent souvent d’actions concertées dans divers secteurs.

Dans ce contexte, l’innovation évolue au cours de cycles itératifs où les communautés explorent un enjeu particulier à partir de plusieurs expériences vécues, mettent à l’essai des réponses à petite échelle et spécifiques au contexte, observent comment le système réagit dans la pratique et adapte leurs approches en fonction de leurs apprentissages. Chaque cycle approfondit la compréhension et renforce la capacité de la communauté à avancer au fil de son parcours d’innovation.

La première année de l’initiative VEJ offre un aperçu de ces premiers cycles d’innovation communautaire. Lors de leurs projets initiaux, les communautés ont commencé à mettre à l’essai des réponses possibles tout en renforçant les liens, en créant une compréhension commune et en instaurant la confiance nécessaire pour poursuivre ce travail au fil du temps.

 

Les relations d’abord

Aperçu de la préparation relationnelle

  • Créer ou officialiser des tables de concertation

  • Améliorer la collaboration entre les prestataires de service et les entreprises

  • Mettre en place des mesures de soutien favorisant le mentorat et le renforcement des compétences

  • Concevoir des chemins plus réfléchis pour l’engagement des jeunes

Tous les projets de la première année ont privilégié le renforcement de la préparation relationnelle. Les communautés ont créé ou officialisé des tables de concertation, amélioré la collaboration entre les prestataires de service et les entreprises, mis en place des mesures de soutien favorisant le mentorat et le renforcement des compétences et conçu des chemins plus réfléchis pour l’engagement des jeunes.

En pratique, le travail en faveur des relations est souvent le premier aspect de l’innovation communautaire qui aide les communautés à se préparer à bâtir quelque chose ensemble.

L’établissement de relations plus fortes entre un grand nombre de partenaires qui se mobilisent autour de l’emploi des jeunes permet de favoriser une compréhension commune et de diminuer la fragmentation au sein du système. Alors que ces relations deviennent plus étroites, les communautés commencent à identifier plus clairement les désalignements… et l’émergence des perspectives de collaboration et de convergence. Cette base relationnelle établit un climat de confiance et crée les conditions nécessaires pour une expérimentation plus ciblée.

 

Favoriser la participation des jeunes dans le cadre du processus

L’un des aspects clés de la première année a été le renforcement du rôle des jeunes au cœur du processus d’innovation. Dans plusieurs communautés, les jeunes ont officiellement assuré des postes de direction importants dans le cadre de cette initiative. Leur leadership s’assure que l’initiative reste ancrée dans les expériences vécues et qu’elle prend en compte les réalités auxquelles les jeunes font face au cours de leur cheminement professionnel. Cela exige une conception intentionnelle, c’est-à-dire une clarté quant aux fonctions, un langage accessible au sujet des méthodes d’innovation et des espaces qui favorisent la sécurité psychologique pour que les jeunes puissent exprimer leurs idées sans crainte.

Dans les communautés, les jeunes, à titre de leaders et de personnes participantes, ont exprimé leurs réflexions et ont directement influencé la conception des projets et leur mise en œuvre. Leurs perspectives ont contribué à faire émerger des défis qui seraient autrement restés invisibles et ont renforcé la pertinence des projets mis à l’essai.

Cet engagement a approfondi les savoirs locaux et a accru le sentiment de responsabilité à l’égard des projets. Au fil du temps, cela permet de poser les fondations pour favoriser une co-conception plus importante et le leadership des jeunes au cœur des initiatives en matière d’innovation communautaire.

 

L’apprentissage par la mise en œuvre

Les projets de la première année ont également servi de cadres d’apprentissage en situation réelle. En mettant en œuvre des initiatives concrètes, qu’il s’agisse de l’élaboration de nouvelles mesures de soutien, de stratégies d’engagement ou de mécanismes de coordination, les communautés ont généré des pistes qui ne peuvent émerger de la planification seule.

Voici ce que les communautés ont découvert grâce à la mise en œuvre :

  • Les situations dans lesquelles l’engagement des jeunes exige un climat de confiance renforcé.

  • La manière par laquelle la capacité des entreprises dépend en fonction des secteurs.

  • Les services qui se recoupent et les lacunes qui subsistent.

  • Les suppositions justifiées et celles qui ne le sont pas.

Une réflexion structurée et des espaces propices à la définition de sens, y compris la communauté de pratique et le réseau national de collaboration, ont joué un rôle important dans ce processus. Ces espaces ont permis aux communautés de prendre du recul par rapport à la mise en œuvre et d’interpréter collectivement leurs observations. Des conversations sur la structure des enjeux, la mise à l’essai et l’adaptation ont permis aux personnes participantes de convertir leurs expériences en un apprentissage commun.

Grâce à ce cycle d’action et de réflexion, les communautés ont commencé à renforcer une capacité clé pour l’innovation communautaire : la capacité à apprendre de la mise en pratique et à apporter des ajustements au fil du temps. Les capacités en matière d’innovation se renforcent non seulement par la génération de nouvelles idées, mais aussi par l’action, la réflexion et l’adaptation conjointe.

Building Readiness

Renforcer les conditions propices aux itérations

Grâce à une formation et à un accompagnement personnalisés, les communautés ont découvert des outils pratiques en faveur de l’innovation itérative :

  • Structurer des questions de conception plus précises.

  • Déterminer les suppositions avant de mettre les solutions à l’essai.

  • Mettre à l’essai des expérimentations petites et gérables.

  • Intégrer des moments de réflexion structurés.

Ces pratiques ont favorisé l’intégration d’une direction d’apprentissage. Lorsque les communautés abordent les premiers stades des initiatives comme des versions d’essai plutôt que comme des solutions définitives, elles renforcent leur capacité d’adaptation. Dans les six communautés, la première année a permis de renforcer :

  • L’alignement relationnel

  • Un langage commun autour de l’innovation

  • L’aisance face à l’expérimentation

  • Les capacités propices aux réflexions collectives

Ce sont autant d’éléments tangibles qui témoignent de l’engagement en faveur de l’innovation.

 

Se tourner vers l’avenir

Si l’innovation est entendue comme une série de boucles itératives, la première année représente l’achèvement d’un cycle fondamental.

Les communautés ont exploré leurs contextes locaux, mis en œuvre des projets sur le terrain et généré des réflexions en temps réel. Elles ont renforcé leurs liens et clarifié le fonctionnement de leurs systèmes en pratique.

Cela crée une plateforme plus solide pour de futures itérations, y compris :

  • Des définitions plus précises des enjeux concernés

  • Une identification plus nette des points de convergence

     

  • Des expérimentations ciblées influencées par les apprentissages de la première année

  • Une intégration plus profonde du leadership des jeunes

L’innovation communautaire évolue au fur et à mesure de l’acquisition de la confiance, des idées et des expériences communes. Les projets ancrés dans les relations de la première année ne sont pas distincts de l’innovation. Ils illustrent la manière dont l’innovation commence réellement dans les communautés. En renforçant les liens, en mettant à l’essai de nouvelles approches et en réfléchissant ensemble, chaque communauté a fait progresser ses capacités d’adaptation et d’évolution.

Et ce sont ces capacités, plus que n’importe quelle intervention isolée, qui pérennisent les changements sur le long terme.

 

Aperçu des communautés

Moncton – La préparation à l’emploi comme modèle pour établir un climat de confiance

À Moncton, le projet de la première année est intentionnellement petit et concret : il s’agit d’un programme de préparation à l’emploi conçu non seulement pour renforcer ses compétences en matière d’employabilité, mais aussi pour instaurer la confiance, la participation et l’échange d’idées. Ce programme ne se limite pas à la rédaction de CV et de lettres de présentation. Il inclut l’image de marque personnelle, la littératie financière et « ce que les jeunes veulent vraiment savoir », en plus de certifications gratuites comme incitatif. Ce qui est vraiment passionnant dans cette étude, c’est la succession d’étapes. Il ne s’agit pas d’une réponse finale, mais d’une première phase délibérée pour comprendre ce qui incite les jeunes à s’engager, ce qui les pousse à se retirer et quels sont les éléments qui renforcent véritablement leur confiance. Cet apprentissage devient la base des prochaines étapes, y compris de la vision à long terme de l’engagement civique de Polina. Autrement dit, l’innovation ne réside pas dans la mise à l’échelle, mais plutôt dans le choix délibéré d’un programme spécifique en tant qu’outil d’écoute et d’apprentissage.

 

Yukon – Exposition professionnelle + certifications, le tout ancré dans la rétention et le pouvoir du lieu

Au Yukon, l’initiative comprend une exposition à grande échelle consacrée aux carrières et à l’emploi (p. ex., Whitehorse). Celle-ci rassemble des entreprises, des bailleurs de fonds, le gouvernement, des institutions postsecondaires et des organisations au service des jeunes. Elle est jumelée à des certifications accessibles et à des ateliers de renforcement des compétences (salubrité des aliments, réanimation cardio-respiratoire) pour réduire les obstacles. Ce qui rend ce projet particulièrement intéressant, c’est qu’il repose sur une question fondamentale concernant les systèmes : qu’est-ce qui incite les jeunes à rester dans leur communauté, à y travailler et à y cultiver un sentiment d’appartenance? Cette approche met en relation l’emploi avec la rétention, les transports, l’accès à Internet, les services de santé, le coût de l’alimentation et les loisirs, autant de facteurs concrets qui déterminent les perspectives. Cette première phase vise à accroître la visibilité et l’accessibilité grâce à des événements et à des certifications, tout en préparant la phase suivante : tester des approches ancrées localement qui apportent des possibilités directement aux communautés isolées, plutôt que d’attendre que les jeunes se déplacent vers le système. L’innovation consiste à identifier les occasions qui se présentent et à en tirer parti d’une manière précoce, ce qui permet de comprendre quels sont les facteurs qui influencent les résultats.

 

Chatham-Kent – L’application Pebblz, un « compagnon pour se préparer à l’emploi »

 À Chatham-Kent, l’innovation de la première année s’appelle Pebblz : il s’agit d’une application d’accompagnement à l’emploi destinée aux jeunes, conçue pour servir de « compagnon pour se préparer à l’emploi » aux personnes qui ne peuvent pas bénéficier d’un accès régulier aux aides à l’emploi en raison de la centralisation des services et de la saturation des capacités. L’application propose des modules de micro-apprentissage adaptés aux moments du quotidien des jeunes (dans le bus, entre deux rendez-vous) et aborde non seulement les aspects pratiques (CV, entretiens, stratégies), mais aussi les aspects émotionnels de la recherche d’emploi : les refus, le découragement, les longues périodes sans réponse. Cette innovation ne vise pas la « technologie pour la technologie ». Ce qui la rend intéressante, c’est la façon dont cet outil s’adapte aux différentes étapes de la préparation et tient compte du fait que les jeunes ont besoin d’un soutien différent selon les étapes. La phase suivante s’inscrit naturellement dans un cycle d’apprentissage : ce qui intéresse les jeunes, ce qui ne les intéresse pas, le type de soutien qui leur semble le plus utile, le tout associé à une réflexion humaine afin que l’outil numérique renforce (plutôt que ne remplace) le soutien relationnel.

 

Sudbury – Le sommet « Prêt pour l’avenir » : un laboratoire d’apprentissage communautaire en direct

À Sudbury, le sommet sur l’emploi « Prêt pour l’avenir » est conçu comme une journée complète destinée à 100 à 150 jeunes (de 15 à 30 ans); il combine des services d’aide à la préparation à l’emploi (CV/lettres de présentation, préparation aux entretiens, utilisation de LinkedIn et d’Indeed) avec un salon de services qui rassemble, au sein d’un même espace, des entreprises, des services de soutien en santé mentale, des spécialistes en emploi et des parcours professionnels sectoriels (notamment dans les secteurs miniers et les métiers). Ce qui ressort particulièrement, c’est le parcours proposé autour des compétences, de la navigation des systèmes, de la présentation de soi, de la confiance en soi et de la création de liens, avec notamment des initiatives concrètes visant à renforcer la confiance en soi, comme un kiosque de photos de profil gratuit. Parallèlement, des ateliers communautaires à petite échelle et des discussions informelles, baptisées « Sip and Spill », visent à lutter contre l’isolement et à favoriser les liens entre pairs, tandis que des partenariats se nouent autour d’outils de suivi du bien-être. Cette approche novatrice consiste à ne pas percevoir ce sommet comme un événement isolé, mais plutôt comme un instant de réflexion collective. Il sert de prototype pour mettre en évidence les défis auxquels font face les jeunes, les éléments qui renforcent leur confiance et les aspects du système qui leur semblent encore inaccessibles.

 

Government_of_Canada

Ce projet est financé par Stratégie emploi et compétences jeunesse du gouvernement du Canada.