Le changement survient rarement d'un seul coup. Plus souvent, il s'installe discrètement : par de nouveaux partenariats, de nouvelles façons de collaborer et des petits changements significatifs dans la prise de décision. Ce thème a été au cœur des conversations lors du dernier appel avec les membres de l’institut Tamarack en 2025, où les communautés membres nous ont partagées leurs apprentissages et bonnes pratiques en ce qui concerne le plaidoyer, la collaboration et la transformation des systèmes.
Une idée fut constante : en matière de plaidoyer, les relations qu’on entretien avec nos vis-à-vis comptent beaucoup plus que les résultats qu’on souhaitent obtenir. Il ne s'agit pas de revoir ses ambitions à la baisse ni de minimiser l'urgence. Il s'agit de reconnaître que le changement durable – celui qui perdure au-delà d'un cycle de financement ou d'une conjoncture politique – repose sur la confiance, une compréhension partagée de l’enjeu et un lien maintenu sur le long terme.
Un autre constat récurrent a été la valeur d’un changement lent et intentionnel – faire avancer les choses un pas à la fois. Dans un monde qui valorise souvent les succès rapides et les résultats visibles, cette approche peut sembler agir à contre-courant. Mais les communautés nous disent que ce ralentissement leur a permis de :
Bâtir des partenariats plus solides avant d’agir
Accorder une place plus importante à l’expérience vécue
Éviter de dupliquer les efforts ou d’être en compétition pour les mêmes ressources
Plutôt que de se précipiter sur des solutions orientées vers des politiques publiques ou programmes, les communautés s’intéressent aux conditions qui déterminent les résultats : les liens entre les personnes impliquées, qui détient le pouvoir d’influence et quelles voix sont écoutées. Bien que moins visible, ce travail est fondamental.
Au sein de nos réseaux, nous observons des exemples concrets qui démontrent que prioriser nos relations, rassembler notre pouvoir collectif et se centrer sur la participation des communautés ouvrent la porte à de nouvelles possibilités.
Plusieurs communautés nous ont rapporté que de mettre l’expérience vécue des communautés concernées au cœur de leurs préoccupations a tout à fait transformé leur travail. À Yellowknife, cela s’est traduit par des changements dans les structures de leadership et de rémunération, reconnaissant qu’une participation équitable exige bien plus que de bonnes intentions. À Kingston, on offre un accès gratuit aux espaces communautaires pour éliminer les obstacles à l’engagement et affirmer que la voix de la communauté est essentielle.
D’autres groupes ont soulignés que l’engagement auprès des communautés a directement mené à des actions. De l’engagement des communautés sur les enjeux liés au climat à Londres, aux discussions sur la sécurité alimentaire menées par les Jardins de l’espoir à l’Île-du-Prince-Édouard, en passant par l’amélioration des options en transports locaux, la participation et les contributions des communautés influencent de plus en plus non seulement les actions entreprises, mais aussi la façon dont elles sont menées.
Un changement majeur qui a été souligné par un de nos membres : « Nous ne sommes plus en compétition. »
Les groupes communautaires se concentrent plutôt à améliorer la collaboration avec leurs municipalités, à nouer de liens avec des partenaires autochtones et à dialoguer plus régulièrement avec les décideurs fédéraux. À Calgary, ces relations contribuent à une sensibilisation accrue des décideurs et à des discussions plus éclairées sur les politiques publiques. Ailleurs au pays, les initiatives de collaboration font émergées des pôles de réduction de la pauvreté en milieu rural, donnant naissance à de nouveaux groupes de travail entre organismes et à des stratégies concertées.
À l’échelle des quartiers, ces relations se concrétisent : programmes et ateliers à Windsor, projections de films à Niagara et jardins communautaires qui favorisent la sécurité alimentaire et le lien social. Ces activités ne sont pas de simples services; ce sont des tremplins pour bâtir des liens qui renforcent le tissu social.
Les communautés portent également une attention accrue aux structures qui soutiennent leurs collaborations. Cela comprend :
L’organisation de séances d’informations sur les prestations sociales et la coordination de l’accès aux ressources grâce à des partenariats avec les bibliothèques
L’élaboration de stratégies locales de réduction de la pauvreté alignées sur diverses sources de financement
La mise en place de nouvelles structures de gouvernance et de nouveaux mandats pour les collectifs
À Golden, de nouveaux mandats clarifient les rôles de leadership et les responsabilités partagées. À Yellowknife, les responsabilités liées à l’animation du Réseau jeunesse sont partagées entre plusieurs organismes. Windsor investit dans la mise en place de programmes, conseils et ateliers à l’échelle des quartiers, tandis que Rochester contribue à l’amélioration des pratiques d’adaptation aux changements climatiques grâce à un outil de suivi du progrès communautaire. Ces changements peuvent paraître techniques, mais ils influencent fondamentalement la répartition du pouvoir et des responsabilités au sein des communautés.
Les politiques publiques demeurent un levier important, et de nombreuses collectivités ont enregistré des succès dans ce domaine via : des programmes annuels pour influencer les politiques publiques, de nouveaux documents de positionnement, des déclarations publiques sur le revenu de base, des cadres de référence sur la sécurité alimentaire et des lettres appuyant les stratégies locales de réduction de la pauvreté.
Ce qui a changé, c’est l’approche des communautés envers les politiques publiques. Plutôt que de considérer une politique publique comme la première étape ou l’unique solution, les collectivités ancrent leur plaidoyer dans le développement de partenariats, l’expérience vécue des personnes concernées et le partage des connaissances. La politique devient une facette du changement systémique, et non la seule mesure du succès.
Ensemble, ces histoires révèlent une transformation profonde dans la manière dont les communautés appréhendent et mettent en pratique le changement :
Le changement peut avoir lieu avant même la mise en place de stratégies formelles. Les liens développés ne sont pas un résultat secondaire; elles constituent une condition essentielle pour faire avancer les choses.
Un travail plus lent et plus intentionnel peut mener à des résultats plus importants et durables.
La collaboration se développe lorsque la compétition cède sa place à la confiance et à des objectifs partagés.
Ces leçons ne font pas toujours la une des journaux, mais elles redéfinissent le champ des possibles au niveau local.
Pour avancer ensemble, restons attentifs et attentives non seulement à ce que nous faisons, mais à la manière dont nous le faisons. Il faut s’interroger à savoir quelles voix influencent (ou non) les décisions, comment le pouvoir est partagé (ou non), et quelles relations nécessitent une attention particulière.
Car lorsque nous investissons dans les conditions qui permettent aux personnes et aux communautés de s'épanouir, le changement ne se produit pas par hasard : il s'enracine.
Nos victoires et succès de 2025 nous rappellent que ce travail est si important et que nous sommes en train d’apprendre, ensemble, à mieux le faire.
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