Récit corédigé par Kate Keaney, Géorgie Gagné et Alison Homer
À Sudbury, les jeunes commencent à accéder à des éléments identifiés par de nombreuses personnes comme faisant défaut dans leur parcours professionnel : des liens authentiques avec les entreprises, le mentorat et le monde professionnel qui peuvent ouvrir des portes sur des perspectives de carrière. Grâce à l’initiative de Futur du Nord, les jeunes qui ont décrit un sentiment d’isolement dans le cadre de leur recherche d’emploi développent des réseaux, renforcent leur confiance et tissent des liens susceptibles d’avancer leurs objectifs de carrière. Ces liens peuvent aussi fournir à certaines personnes une vision plus large des défis que rencontrent les autres jeunes au moment d’accéder à l’emploi et aux mesures de soutien disponibles pour favoriser leur réussite.
Au fil des conversations avec les jeunes de la région, il est devenu manifeste qu’une telle démarche était indispensable. Une jeune a consacré presque une année à la recherche d’un emploi avant de décrocher un poste dans le domaine de la finance, alors qu’elle possédait une formation en comptabilité et des compétences pertinentes. Lors de ses recherches, elle a envisagé de travailler dans le commerce de détail, les perspectives dans son domaine semblant hors de sa portée. Avec le recul, elle estime qu’elle aurait pu trouver un emploi plus rapidement grâce à des liens professionnels plus étroits, à du mentorat et à des rétroactions de la part des entreprises.
Son expérience reflète les défis que bon nombre de jeunes de la région continuent de rencontrer. Les jeunes disent avoir de la difficulté à trouver du travail sans expérience préalable. En parallèle, les entreprises hésitent souvent à embaucher des jeunes en raison de leur manque d’expérience. Les défis en matière de transport dans la vaste région géographique, les pressions liées à l’abordabilité, les répercussions sociales de la pandémie, le racisme et l’âgisme peuvent représenter autant d’obstacles supplémentaires. En outre, beaucoup de jeunes disent ne pas savoir où trouver du soutien ni comment développer les réseaux professionnels susceptibles de les aider à accéder aux offres.
En réponse aux difficultés que les jeunes rencontrent au début de leur carrière, Futur du Nord a concentré ses efforts sur la mise en place d’occasions leur permettant de renforcer leurs compétences et leurs liens. Les commentaires recueillis dans le cadre des événements « Café et partage » ont façonné les programmes conçus pour aider les jeunes à entrer en contact avec le monde professionnel et les entreprises tout en renforçant la confiance et les liens au sein de la communauté. Au lieu de mettre en place un autre service fonctionnant en silo, l’initiative collaborative a choisi comme objectif de rassembler les personnes, les informations et les perspectives.
Cette approche a également influencé les efforts visant à générer des changements systémiques. Futur du Nord a commencé des recherches pour mieux comprendre les obstacles rencontrés par les jeunes présentant un handicap cognitif ou physique afin de rendre les futurs programmes plus accessibles. L’initiative reflète plusieurs facteurs mis en évidence dans le Cadre de qualité de vie pour le Canada, notamment les liens sociaux, le sentiment d’appartenance et les occasions de poursuivre des objectifs futurs. Les commentaires des jeunes ont régulièrement rappelé l’importance des liens, de la communauté et de l’accès aux personnes qui peuvent les aider à s’orienter dans la recherche d’emploi.
Cet apprentissage a directement influencé la conception de Prêt pour l’avenir, un sommet consacré à la préparation à la recherche d’emploi. Les jeunes ont indiqué rechercher des possibilités de renouer en personne et ont confié ressentir une fatigue des écrans due au travail, aux études et aux médias sociaux. En réponse, l’organisation a sélectionné un emplacement central accessible en transport en commun et comprenant des salles de bains accessibles et des soutiens pour le bien-être. Des aménagements souples concernant les places assises, du matériel pour prendre des notes, des articles apaisants, ainsi qu’un espace dédié à l’exercice physique et aux pauses ont été mis en place pour s’adapter aux différents modes d’apprentissage et pour répondre aux besoins en matière d’accessibilité. De plus, le sommet a contribué à réduire les obstacles financiers en offrant des repas gratuits, des portraits professionnels et des bons de formation aux premiers secours.
Futur du Nord prépare également le lancement de WHY2K (Workers Helping Youth 2 Kickstart), une initiative de mentorat qui permet aux jeunes d’établir un lien avec le monde du travail et les carrières qui les intéressent. Le programme entre désormais dans une phase de test qui comprend trois binômes mentor.e/mentoré.e, représentant le début de carrière, l’expérience de travail et la retraite. Les commentaires des personnes qui y participent serviront à améliorer le programme avant son lancement prévu en septembre 2026.
L’initiative contribue par ailleurs à remettre en question les suppositions sur l’emploi des jeunes. Les membres de la table de concertation ont souligné la nécessité pour les entreprises de voir le recrutement des jeunes comme un investissement à long terme plutôt que de se concentrer uniquement sur l’expérience. L’initiative collaborative élargit la vision des obstacles que les jeunes rencontrent et de l’importance de leur permettre d’accéder aux milieux de travail. Elle espère ainsi encourager des pratiques de recrutement et de formation plus solidaires.
Les jeunes ont joué un rôle essentiel dans la définition de cette initiative. Vingt jeunes ont contribué à la conception, à la mise en œuvre ou à l’évaluation des activités du projet. Dix-sept jeunes ont pris part à des tables de concertation et vingt ont dirigé des innovations communautaires ou ont participé à leur mise en œuvre. Les jeunes ont contribué aux activités d’engagement, aux recherches en matière d’accessibilité, à la conception des projets et aux activités de promotion de la marque, en veillant à ce que les initiatives reflètent les priorités des jeunes et leurs expériences vécues.
Prêt pour l’avenir, un sommet consacré à la préparation à la recherche d’emploi, a été l’une des premières grandes initiatives. Les personnes qui y ont participé ont reçu des trousses contenant des ressources sur la recherche d’emploi, des documents pour définir leurs objectifs et des outils pratiques pour soutenir leurs parcours professionnels. Les jeunes ont aussi reçu une certification de participation au sommet approuvée par les organisations partenaires et des bons gratuits de formation aux premiers secours dans le cadre d’un partenariat avec Ambulance Saint-Jean.
Les trousses se sont avérées utiles après l’événement. Les jeunes ont déclaré utiliser la liste de vérification incluse dans la trousse pour préparer leurs entrevues et ont aimé les outils pratiques, comme les crayons et les menthes, qui ont contribué à les préparer pour des rencontres ou des occasions inattendues. Les carnets de planification professionnelle inclus dans les trousses ont été utilisés lors des activités du sommet et ont permis aux personnes de poursuivre leurs réflexions sur leurs objectifs à l’issue de l’événement.
Un.e jeune participant.e a parlé des conséquences du sommet, en soulignant que les portraits professionnels, les ressources sur le travail et les discussions sur les obstacles à l’emploi lui avaient permis d’élargir sa vision des expériences d’autres jeunes. Cette personne a également aimé en apprendre davantage sur l’équilibre travail-vie personnelle et a hâte d’utiliser son bon de formation aux premiers secours dans le cadre de son poste actuel de sauveteur.se. À propos de l’événement, iel a confié : « J’ai vraiment aimé les ressources transmises. »
Le sommet a fourni une leçon inattendue. Les organisateur.rice.s s’attendaient à accueillir environ 200 participant.e.s, mais le nombre est tombé à 25 lorsque la plus forte tempête de l’année s’est abattue sur la région. Au lieu d’annuler, l’équipe s’est adaptée et a transformé l’événement en un cercle d’apprentissage interactif. Le format plus intime a donné aux jeunes plus d’occasions de s’adresser directement aux entreprises, aux présentateur.rice.s et à leurs pairs. Ce qui semblait au départ être un revers est devenu une leçon précieuse : des liens étroits peuvent parfois se révéler plus puissants que de grands événements.
À ce jour, trente-huit jeunes ont bénéficié des compétences et des programmes professionnels et éducatifs façonnés directement par les rétroactions des jeunes. Vingt jeunes ont assumé des rôles de leadership, dix-sept ont pris part à des tables de concertation, vingt ont dirigé des innovations ou participé à leur mise en œuvre et trois entreprises ont activement contribué à l’initiative en partageant leur leadership, en concevant des programmes ou en participant à des événements.
Plusieurs facteurs ont contribué à ces avancées. Recruter un.e jeune pour coordonner le projet a renforcé la capacité de la communauté à transformer ses idées en actions. La volonté de l’initiative collaborative de s’adapter, d’apprendre des défis et de mettre de nouvelles approches à l’essai a aussi joué un rôle crucial.
Le soutien de l’Institut Tamarack a contribué aux réflexions de Futur du Nord sur l’engagement des entreprises et le mentorat. Grâce aux occasions d’apprentissage et aux conversations avec le personnel de l’Institut Tamarack, la communauté a découvert de nouvelles manières de mobiliser les entreprises à titre de partenaires pour réduire les obstacles que rencontrent les jeunes. Ces discussions ont suscité l’intérêt visant à mettre en place des ateliers susceptibles d’aider les entreprises à mieux comprendre les défis auxquels les jeunes font face lors de leur entrée sur le marché du travail et les avantages d’investir dans la main-d’œuvre jeune. Cet apprentissage a renforcé les plans locaux et façonné les futures orientations de l’initiative.
L’initiative a également généré des enseignements importants. Le moment importe lorsqu’il s’agit de mobiliser les jeunes, qu’il s’agisse de tenir compte des calendriers des études, des facteurs saisonniers ou des événements météorologiques inattendus. Les capacités importent aussi, le nouveau personnel et les bénévoles permettant d’accélérer la mise en œuvre. L’initiative collaborative a aussi appris que l’engagement est souvent plus fort dans le cadre de conversations et d’occasions de réseautage informelles plutôt qu’au cours de grandes réunions officielles.
À l’avenir, Futur du Nord continuera d’organiser des séances mensuelles de « Café et partage » dans des cafés locaux, ce qui donnera l’occasion aux jeunes de transmettre des commentaires et de contribuer à façonner les futurs programmes. Le programme de mentorat WHY2K devrait être lancé en septembre 2026 et se poursuivra jusqu’à mars 2027, donnant aux jeunes et aux mentor.e.s de nouveaux moyens de tisser des liens durables. Ensemble, ces efforts partent des facteurs que les jeunes ont régulièrement identifiés comme étant les plus importants : les liens, la communauté et l’accès aux personnes qui peuvent les aider à s’orienter dans la recherche d’emploi.
Ce projet est financé par la Stratégie emploi et compétences jeunesse du gouvernement du Canada.
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