Dans des communautés à travers le pays, des organisations reconnaissent de plus en plus que des changements importants sont impossibles sans l’implication délibérée de personnes et de groupes en quête d’équité de manière relationnelle, éthique et empreinte de bienveillance. Cela comprend les communautés qui subissent une exclusion continue basée sur les origines, l’identité autochtone, le handicap, l’identité de genre, la sexualité, la classe, l’âge, la citoyenneté ou des formes intersectionnelles de stigmatisation. Cependant, malgré un engagement étendu envers l’équité, plusieurs pratiques en la matière continuent de tomber dans des schémas d’extraction, de coopération symbolique et d’écoute superficielle qui ne parviennent pas à modifier les rapports de force ni les relations.
Un engagement éthique exige une approche différente, ancrée dans les relations, l’histoire et la prise de responsabilité. Cela nous demande de ralentir, d’écouter avec attention, d’honorer la sagesse de la communauté et de reconnaître que l’engagement n’est pas qu’une simple activité, mais une pratique qui façonne la manière dont les communautés font l’expérience de la confiance, de la sécurité et de l’appartenance. En envisageant l’engagement dans cette optique, nous réalisons que notre travail ne se limite pas à recueillir de l’information, mais aussi à améliorer les conditions propices à l’épanouissement des personnes et des communautés.
L’établissement de liens authentiques est l’un des aspects les plus cruciaux de l’engagement éthique. Trop souvent, les institutions ne s’approchent des communautés en quête d’équité que lorsqu’elles ont besoin de rétroaction, de représentation ou de validation. Les communautés le perçoivent instantanément, et plusieurs d’entre elles ont l’habitude depuis longtemps de s’impliquer dans leur travail sans recevoir de bienveillance ni de soutien en retour. Une pratique éthique commence bien avant la première conversation. Cela demande de cultiver des relations, d’apprendre ce qui est important pour la communauté, et d’offrir son aide sans rien attendre en échange. C’est ce qui établit une base propice à la confiance qui ne peut être conçue au moment de la consultation.
L’un des documents qui ont façonné cette section est la stratégie en matière d’équité et d’antiracisme de la Nouvelle-Écosse (2023) (en anglais), qui souligne des principes d’engagement culturellement ancrés, comme Etuaptmumk (la vision à deux yeux), Sankofa et Ubuntu. Ces principes mettent en lumière des pratiques centrées sur les relations, la prise de responsabilité inscrite dans l’histoire et l’humanité commune
Le contexte historique joue également un rôle. L’enseignement de Sankofa, qui nous invite à revenir en arrière et à récupérer ce qui a été oublié ou ignoré, nous rappelle que les inégalités ne sont pas accidentelles. Ces histoires sont marquées par la colonisation, le racisme envers les personnes noires, le capacitisme, le patriarcat et des politiques qui excluent systématiquement certaines communautés de la sécurité et des possibilités. En ancrant l’engagement dans la vérité historique, nous évitons un schéma nocif consistant à voir les disparités actuelles comme des faits isolés ou des problèmes individuels. Au lieu de ça, nous reconnaissons que les communautés portent le poids de la mémoire, de l’expérience et, souvent, des traumatismes liés aux institutions. L’engagement éthique nous demande de nommer ces histoires avec honnêteté et de comprendre comment elles continuent à influencer la méfiance, l’accès et la participation aujourd’hui.
En parallèle de l’histoire, nous devons également élargir comment nous comprenons les connaissances. Etuaptmumk, également connue sous le nom de « vision à deux yeux », nous incite à préserver les puissances des savoirs autochtones en parallèle de celles des savoirs occidentaux. En matière d’engagement, cela nous met au défi de valoriser l’histoire, le vécu, l’enseignement culturel et la sagesse basée sur le territoire au même titre que les données quantitatives. De nombreuses institutions ne comptent que sur les méthodes occidentales pour effectuer des évaluations et des mesures, ce qui peut dévaloriser ou même éliminer les connaissances des communautés. L’approche de la vision à deux yeux rend hommage aux multiples façons de détenir des connaissances et approfondit notre capacité à comprendre les conditions complexes qui influencent la vie des individus.
Ubuntu, qui signifie « Je suis parce que tu es », apporte une autre dimension essentielle à l’engagement éthique. Ubuntu nous rappelle que notre bien-être est interrelié et que nos décisions ont des conséquences sur les autres. Cela nous incite à voir l’engagement non comme une transaction, mais comme une pratique en matière de responsabilité relationnelle. Lorsque nous plaçons la dignité, le respect et l’humanité commune au cœur de nos interactions, nous mettons sur pied des espaces où les personnes se sentent vues et valorisées. Ce principe encourage les organisations à envisager comment leurs processus, leurs calendriers et leurs attentes peuvent influencer les communautés qu’elles cherchent à soutenir. Cela nous pousse également à songer à nos propres rôles et responsabilités au sein des systèmes à l’origine de préjudices historiques.
L’engagement éthique auprès des groupes en quête d’équité exige aussi de la clarté. Les communautés méritent de connaître les raisons de leur engagement, la manière dont leurs réflexions influenceront les décisions, les décisions susceptibles d’être influencées et les engagements pris par l’organisation en retour. Sans cette clarté, l’engagement peut facilement être perçu comme abusif ou artificiel. La transparence renforce la confiance et crée des conditions propices à des actions collaboratives.
L’élimination des obstacles à la participation est une autre composante essentielle. L’engagement ne peut pas être équitable si les personnes doivent surmonter des processus inaccessibles, des barrières linguistiques, des espaces non sécuritaires ou des tâches non rémunérées afin d’y prendre part. Une rémunération, des services de garde d’enfants, des transports, des services d’interprétation, une communication simple et des possibilités multiples de s’engager devraient être des pratiques courantes. Il ne s’agit pas de composantes supplémentaires, mais bien d’aspects essentiels de l’équité.
En outre, l’engagement éthique doit également mener au partage du pouvoir. Écouter les communautés ne suffit pas si les décisions, les ressources et l’influence restent dans les mêmes mains. Soutenir des communautés en quête d’équité implique de changer les personnes responsables de déterminer les priorités, de décider de la répartition des ressources et de définir la réussite. Cela implique de redistribuer le leadership, de co-créer des solutions, d’investir dans des initiatives menées par la communauté et de veiller à ce que les retombées de l’engagement reflètent des mesures définies par la communauté plutôt que par la commodité des institutions.
Enfin, l’engagement éthique exige de fermer la boucle et d’entretenir des liens une fois l’engagement terminé. Les communautés méritent de savoir comment leurs contributions sont utilisées, quelles décisions sont prises et quelles sont les prochaines étapes. Une telle prise de responsabilité renforce la confiance et démontre que l’engagement s’inscrit dans un processus à long terme, plutôt que dans une action ponctuelle.
Lorsque l’engagement est ancré dans les principes d’Etuaptmumk, de Sankofa et d’Ubuntu, nous créons des conditions qui permettent aux communautés en quête d’équité d’être véritablement soutenues, et non simplement consultées. Cette approche honore l’histoire, valorise divers systèmes de connaissances et renforce la responsabilité relationnelle. Elle correspond aussi au travail plus vaste visant à changer les systèmes pour transformer le pouvoir, lutter contre les racines profondes des enjeux et favoriser l’appartenance à chaque niveau de pratique communautaire et institutionnelle.
S’engager de manière éthique auprès de groupes en quête d’équité n’est pas une technique singulière. C’est un engagement à faire les choses autrement. Cela exige aussi qu’on reconnaisse que la transformation demande de l’humilité, de la bienveillance et une volonté de s’adapter selon nos apprentissages. En respectant l’engagement pris envers la communauté, l’histoire et l’humanité, nous nous rapprochons de la création des communautés équitables et unies que nous méritons.
La photo provient de la photothèque autochtone du CIRA.