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Colectiva Polea : créer des liens par l’art, l’écologie et l’appartenance

Rédigé par L'Institut Tamarack et ses partenaires | 24 août 2026, 20 h 28 min 03 s

Cette conversation avec Colectiva Polea a été menée Erika Massoud et Chúk Odenigbo de l’Institut Tamarack. Cet article fait partie d’une série qui explore les expériences des groupes ayant participé à la Communauté de pratique pour les transitions climatiques collectives (CPTCC), organisée par l’Institut Tamarack en partenariat avec la Fondation du Grand Montréal.

Depuis 2023, Colectiva Polea développe une approche où l’art, l’artisanat, les nouvelles technologies et les conversations socioécologiques deviennent de moyens de rencontre, de soins collectifs et d’enracinement. Porté par Karina Arbelaez, Tania Lara Casaubon et Javi Fuentes Bernal, trois artistes issues de contextes latino-américains et basées à Montréal, le collectif crée des espaces où les gens peuvent tisser des liens, réfléchir à leur relation à la terre et participer à des démarches créatives qui relient les enjeux environnementaux aux réalités sociales, culturelles et migratoires.

Le nom même du collectif « polea », qui signifie une poulie en espagnol, résume bien l’esprit de leur travail : faciliter des passages, relier des mondes, et mettre en mouvement des forces qui, autrement, resteraient isolées. Dans leurs mots, Colectiva Polea n’agit pas comme un groupe qui « enseigne » quelque chose mais plutôt comme un catalyseur. Le collectif réunit des personnes, des matériaux, des histoires et des questions, afin de voir émerger ce qui peut naître de ces rencontres.


Créer des espaces de rencontre et de co-création

La mission de Colectiva Polea consiste à créer des espaces de rencontre et de dialogue sur les questions environnementales et migratoires à travers les arts et l’artisanat. Ces espaces s’adressent particulièrement aux personnes immigrantes ou issues de l’immigration, afin qu’elles puissent développer un sentiment d’appartenance et s’enraciner dans leur territoire d’accueil à Montréal.

Les ateliers sont conçus comme des espaces de cocréation où les voix des personnes participantes sont priorisées et où la conversation se construit ensemble. Les matériaux utilisés lors des ateliers (fils, tissus, teintures naturelles, plantes) deviennent des supports pour réfléchir aux relations entre les humains et la terre, ainsi qu’aux questions d’appartenance, de la terre et de deuils environnementaux. Ce sont des espaces vivants, où la création artistique et les réflexions profondes sur l’état du monde se rencontrent.

Les ateliers répondent à un besoin important. Au-delà des espaces thérapeutiques ou des services d’accompagnement qu’offrent de nombreux organismes communautaires, plusieurs personnes cherchent des activités créatives qui sont informelles et collectives. Des espaces où l’on peut apprendre une technique, faire quelque chose avec ses mains, manger ensemble, écouter de la musique, discuter et créer de nouvelles amitiés.

Pour Colectiva Polea, ces espaces sont essentiels. Ils brisent l’isolement, interrompent la routine de personnes qui travaillent beaucoup et ont parfois peu de réseaux sociaux. Surtout pour les personnes nouvelles arrivantes, ces espaces deviennent une manière concrète de « s’enraciner », d’imaginer sa place sur ce territoire et de créer des liens. 


Pourquoi l’art est politique dans la transition socioécologique

Le milieu qui travaille sur la transition écologique n’est souvent pas représentatif de la diversité culturelle de la ville. Selon le collectif, réfléchir aux crises écologiques peut parfois être perçu comme un luxe ou un privilège, alors que les personnes migrantes sont souvent parmi les plus touchées par les effets des crises environnementales ou sociopolitiques.

Le travail de Colectiva Polea vise donc à amplifier ces voix. Il ne s’agit pas seulement d’offrir des ateliers artistiques, mais de créer des espaces où les personnes immigrantes peuvent participer aux conversations socioécologiques à partir de leurs propres expériences et récits. La création collective, particulièrement les gestes artisanaux répétitifs comme la broderie, permettent un type d’intimité et de réflexion uniques, faisant que les conversations deviennent souvent très profondes, abordant des enjeux de mémoire, d’appartenance, de perte, de transformation et d’avenir.

Cette intersection entre création, réflexion et vie collective est l’une des forces du collectif. L’objectif n’est pas d’atteindre un produit final mais plutôt la création de l’espace en tant que tel et ce que l’espace facilite : la conversation, la relation et la collectivité. 


Ce que la communauté de pratique a rendu possible

La participation de Colectiva Polea à la Communauté de pratique pour les transitions climatiques collectives (CPTCC) a été une expérience nourrissante. Le collectif a trouvé des outils concrets, notamment autour de l’évaluation, de la clarification de leur mission et de leurs objectifs, mais aussi un espace de confiance. L’importance d’un accompagnement qui offre à la fois autonomie et soutien a été souligné par le collectif : un équilibre rare entre faire confiance aux groupes et leur donner des ressources pour avancer.

La communauté de pratique a également favorisé une circulation des idées et des contacts entre les groupes, puis des collaborations ont commencé à se tisser. Ce fut l’occasion d’élargir son réseau et de transformer certains défis en opportunités.

Selon le Colectiva Polea, les mouvements citoyens ont besoin de divers espaces pour réaliser leurs activités. Des espaces physiques pour se réunir, créer et accueillir; des espaces de confiance pour réfléchir ensemble; et des espaces de mise en relation. Les municipalités, fondations et organismes bien établis peuvent jouer un rôle en créant ces espaces de rencontre pour favoriser la mise en lien entre les groupes.

La solidarité entre les luttes est à la fois une nécessité et une source d’énergie selon Colectiva Polea. Être en contact avec d’autres groupes engagés dans des luttes environnementales, sociales ou communautaires leur permet de sortir de l’isolement, d’élargir leurs horizons et de se sentir nourries par d’autres pratiques. Cette solidarité a aussi un effet sur le bien-être. Dans un monde traversé par des crises et un sentiment d’épuisement collectif, rencontrer d’autres personnes qui agissent pour des valeurs similaires rappelle que personne n’est seul. 


La suite pour le collectif

Colectiva Polea souhaite continuer à offrir des ateliers diversifiés, tout en explorant des collaborations ailleurs à Montréal et au-delà. Pour le collectif, il ne s’agit pas d’arriver un jour à une formule définitive, mais de rester en mouvement, d’apprendre avec les personnes participantes et de laisser les pratiques évoluer avec les relations. Iels continueront à développer leur ancrage territorial dans le quartier Parc-Extension à Montréal, notamment avec les organismes AGIR et Brique x Brique. 

Le collectif souhaite aussi développer un volet de recherche. Les membres constatent un manque d’écrits à la croisée de l’art, du travail social, de l’écologie, des migrations et de l’appartenance, particulièrement dans des contextes nord-américains, francophones et plurilingues. À l’automne 2026, iels publieront leur premier article Contre-cartographies affectives et décoloniales : pratiques textiles, botaniques et de care avec les diasporas queer à Montréal, qu’iels présenteront à Paris dans le cadre du colloque Trouble dans la cartographie : Contre-cartographies et changements de paradigmes. Leur ambition est de contribuer à ces conversations et faire circuler les savoirs entre les communautés, les territoires et les milieux académiques.

À travers tout cela, Colectiva Polea poursuit son rôle de poulie afin de permettre aux communautés immigrantes de tisser des liens et porter ensemble leurs défis.


EN APPRENDRE PLUS

Un outil d'intelligence artificielle interne à l’Institut Tamarack a été utilisé pour faciliter la rédaction du texte à partir l’enregistrement de l’entrevue. La version finale a été modifiée, corrigée et approuvée par l'équipe de Tamarack et les communautés concernées.